présentation

"Le lecteur de roman policier est un lecteur incrédule qui lit avec méfiance, une méfiance particulière..." José Luis Borges

Tokyo




Donc, vous aussi vous êtes de ceux qui n'arrivent pas à pardonner.
Grey est anglaise. Universitaire, plutôt jolie, même si souvent elle begaye. Elle est aussi un peu folle, mais pas comme on dit "un peu folle", Grey est vraiment un peu folle. Son sujet d'étude n'est pas un joli sujet d'étude pour une jeune anglaise au Japon. Son sujet d'étude ce sont les massacres de Nankin, et son espoir c'est de trouver le film, celui qui montre, celui qui existe, celui qu'elle cherche.
Et Grey n'est pas une fille de bonne famille qui s'amuse au Japon, Grey fait des petits boulots, joue à l'hôtesse dans un club avec ses amies russes, qui trouvent qu'elle ressemblera toujours à une jolie veuve. Grey n'a pas un mignon appartement avec des hello kitty, Grey se trouve une maison de film de série B.
Et Grey est amoureuse, de Jason, qui l'effleure puis touche sa toison. Mais rien ne peut bien se passer pour Grey, si lisse pourtant. C'est l'ignorance qui a été peut être leur plus grand pêché, mais Grey veut savoir. Et ce japonais, sait, lui qui a pointé dans sa direction, lui qui a fouetté l'air avec sa canne.
Grey n'est pas son nom, une simple invention d'une voisine d'hôpital, Grey est un fantôme, pâle, presque translucide, et Tokyo est torride et la sueur colle aux pieds de Grey. Mais Grey veut savoir, et un jour elle n'a plus peur et les cris de Nankin se rapprochent.


Paroles d'auteurs (Mo Hayder - UK): - J'écris toujours au même endroit dans mon lit en pyjamas - Je ne suis pas sûr d'aimer l'université. Mon père était un universitaire et j'ai trouvé le milieu plutôt abrutissant. J'ai quitté la maison (et l'école) à quinze ans, ça vous montre peut être à quel point je n'aimais pas ça. Ceci dit c'est un sujet sur lequel il m'est naturel d'écrire. J'ai bien aimé créer mon professeur chinois à Tokyo qui a passé des années sur un sujet qui ne l'intéressait pas (même si il a ses raisons cachées pour s'y tenir. En terme d'enseignement, je donne quelques cours d'écriture et parfois je m'y amuse vraiment. Ca doit avoir quelque chose à voir avec mon côté autoritaire. J'aime bien dire aux gens quoi faire. - Une de mes fierté c'est d'avoir résisté à mon éditeur japonais qui voulait que je baisse les statistiques de viols de civils à Nankin. au final ils m'ont laissé tombé et je n'ai toujours pas été traduite au Japon. - J'étais au Japon dans les années 80 pour enseigner l'anglais. Et puis j'ai découvert les bars à hôtesse ou je pouvais bien gagner ma vie et me relaxer. C'est là que j'ai eu l'idée du club dans Tokyo. Quand j'ai commencé à écrire le livre, je savais que j'avais besoin de revenir pour me rafraîchir la mémoire . J'étais aussi curieuse de savoir si les hôtesses avaient changé leur attitude depuis le meurtre de Lucie Blackman. J'ai alors choisi de retrouver le club où elle travaillait. Cela m'a pris pas mal de temps et de travail de terrain. Le club avait changé son nom et tout ce que j'avais était une image de l'intérieur du club à partir d'un documentaire et le nom de l'un des autres clubs dans le même bâtiment . Mais je l'ai trouvé (au bout de trois jours) et par chance, ou grâce à un heureux accident d'éclairage, le patron m'a donné un emploi d'hôtesse, en ne remarquant généreusement pas mes 42 ans quand l'âge moyen des autres filles ne dépassait pas 19. J'ai passé quatre jours là-bas, sans dire aux gens ce que je faisais, bavardant avec les filles et les clients , dont certains se souvenaient tant de Lucie que de son meurtrier. J'ai été surprise que les filles aient peu changé leur comportement. Elle continuent à aller boire avec les clients après le travail et font toujours du "dohan" (accepter une invitation au restaurant avec les clients pour pouvoir les amener au club plus tard). Je suis aussi allé à Nankin , il y a trois ans. C'était extraordinaire de voir une ville complètement nouvelle là où le massacre s'est produit (Hiroshima est pareil, entièrement reconstruite, vous n'avez pas la moindre idée de ce qui s'est passé). Il y a un mémorial, et les citoyens de Nankin disent toujours hair les japonais, mais sinon c'est comme si rien ne s'était produit. J'ai cependant rencontré deux personnes qui étaient à Nankin au moment du massacre, et ce sont leurs deux histoires qui font que le livre se déplace dans des directions que je n'avais pas prévues. -

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