présentation

"Le lecteur de roman policier est un lecteur incrédule qui lit avec méfiance, une méfiance particulière..." José Luis Borges

A poil en civil




On peut déjà commencer par la mère de Tony, les fesses à l'air, qui pousse à la fois son déambulateur et des cris d'orfraie. Puis poursuivre par son fils Tony Zank qui de fait la poursuit. Ou par son associé McCardle portrait craché de Dean Martin si l'acteur avait été afro-américain et toujours vivant. Dans le couloir de la maison de retraite de Haut Marilyn (le nom de la ville, pas de la maison) où la scène se passe, on pourrait aussi y croiser Tina, une Tina hésitante, entre verre pilé et soude pour se débarrasser de son mari. En fait il ne vaut mieux pas croiser Tina bien qu'elle soit très jolie. C'est pourtant ce qui arrive à l'inspecteur Manny Hubert, qui outre haïr la police, ce qui fait peu de monde à haut Marylin, mais quand même, et qui outre haïr la police, a pris vingt kilos de trop depuis qu'il fait du travail de bureau. Et Manny, qui déteste qu'on l'appelle Ruby, rencontre donc la belle, dans sa cuisine, avec son mari par terre plein de bave. Un suicide vraisemblablement, un suicide de tomber amoureux de Tina, surtout que celle ci a volé un objet appartenant à Tony, pas son crack, pire, un objet qui le rendrait riche, une photo, une photo des testicules du président avec un tatouage qui semble sourire à la maire de Marilyn.


Paroles d'auteurs (Jerry Stahl - USA) -De jeunes auteurs qui lisent mes livres me demandent souvent comment on devient un écrivain comme moi. Je réponds : eh bien, détruis ta vie, trahis tes amis, perd tout ce que tu as, ruine ta santé, ne respecte pas la loi, vis dans la rue, et tu deviendras un écrivain, toi aussi. C’est un super-conseil pour des jeunes.  Après avoir écrit pour des magazines pornos – expérience qui s’avérera “aussi excitant que de plier du linge en regardant une émission politique” – Jerry Stahl met le cap sur Hollywood, devient un scénariste “ridiculement surpayé et plein de haine de soi” et junkie à plein temps “pour ne pas penser”, comprend que faire des films est “la chose la moins importante à Hollywood” et se tourne vers l’écriture, la vraie ! Il expulse littéralement Mémoires des ténèbres, un récit autobiographique, “exorcisme schizophrène sur moi et sur la drogue”, avant de renoncer à son sens inné de l’autodestruction. Pour lire A poil en civil il faut effectivement être prêt à plonger dans le monde subversif, délirant, cru,  flamboyant et brutal de Manny Rupert ex-flic, ex-toxico, ex-mari, alcoolo à l’hygiène dentaire discutable, (troisième) foie (greffé) en vrac, la déchéance en bandoulière dans un monde à l’envers. Même si ma liste de script morts-nés devient de plus en plus importante, j'ai quand même eu la chance de travailler avec des gens que j'admire, Johnny Depp ou Ben Stiller,  entre autres. Je fais aussi tant de reécriture de scripts bancals que ça pourrait tenir dans un bus. Bon il y a toujours chez moi la tentation de se couper du monder de cracher son sang des mois durant pour obtenir le script ultime et au final écrire quelquechose qui va finir sur l'armoire d'un studio. C'est aussi un peu pour ça que je garde une photo de moi, avec une tête de débile de 38 ans dans un uniforme  MacDonald, ça met les choses en perspective. -



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